La Bourse ou la Vie

La vraie vie c'est la littérature mais avant tout la vie c'est la vie, pas la bourse, dans tous les sens du terme, la bourse financière, ou toute autre notion d'argent. Blog minimaliste.

Acheter c’est voter

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Virginia Woolf écrit en 1938, dans un essai intitulé Trois guinées :

« un droit qui nous fut conféré  […] en 1919, par un acte qui nous a permis d’entrer dans la vie professionnelle. Chaque porte-monnaie a contenu (ou aurait pu contenir) une pièce de six pence toute scintillante, à la lumière de laquelle toute pensée, tout but, toute action prenait un aspect différent. […] Elle a fait le vœu de ne jamais rejoindre les rangs des gens serviles, des suiveurs, puisqu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait de cette pièce, de cette pièce sacrée qu’elle avait gagnée elle-même, de ses propres mains. »

Bien évidemment, mon propos n’est pas de m’aventurer sur le terrain, si bien étudié par Virginia Woolf, de la condition des femmes, en tout cas, pas ici, et pas maintenant, mais cette phrase m’a évoqué ce qui suit.

Cet argent gagné – gagné, à savoir, nous avons effectué une tache pour l’acquérir – parfois durement, quelquefois à contre-coeur, au détriment de notre temps libre, alors, pourquoi ensuite le dépenser si rapidement, si facilement, sans réfléchir ?

Pourquoi vouloir le donner aux épiciers détenant les grandes surfaces, écrasant les prix auprès des producteurs, vendant de la nourriture industrielle mauvaise pour notre santé, aux compositions au mieux suspectes, au pire dangereuses, aux entreprises exploitant des êtres humains, des animaux, détruisant allégrement notre planète, sans s’en soucier ?

Pourquoi permettre cela grâce à notre argent ? Pourquoi permettre à ces gens – intéressés uniquement par le fait de gagner toujours d’argent – de s’enrichir encore et encore ? Pourquoi ne pas choisir à qui nous donnons cet argent gagné en travaillant de nombreuses heures par jour ? Pourquoi ne pas considérer de manière plus approfondie et plus réfléchie nos dépenses ?

Je l’ai déjà dit, et d’autres plus illustres avant moi, mais il me semble urgent, urgentissime même, d’examiner et de réfléchir à qui nous choisissons de donner notre argent, de ne plus nous voiler la face, de ne plus cautionner certaines pratiques. Oui, acheter c’est voter. Et si l’on ne vote pas à la légère, pourquoi devrions-nous acheter à la légère ? Chaque achat, absolument chaque achat, est politique. Chaque centime dépensé est politique. Et nous avons tous ce pouvoir. Celui-ci, au moins, est équitable et universel. Riches ou pauvres, nous dépensons tous de l’argent et pouvons tous choisir à qui nous le donnons.

Bon, alors ça, c’est la théorie. Voyons maintenant la pratique. Nul n’est parfait, et ne peut être irréprochable dans ses actions, ou disons, peu de gens peuvent l’être. Donc, acceptons d’abord de ne pas être parfaits, de faire des concessions. Ce qu’il faut ensuite, c’est déjà se réjouir de ce que nous faisons, de nos choix conscients d’achats. C’est déjà beaucoup ! Et voir ce que nous pouvons ensuite améliorer. Enfin, y travailler. Ca ne se fera pas en une semaine, peut-être même pas en un an. Mais ce n’est pas grave, l’important est d’avoir les yeux grand ouverts et de progresser. Ne pas accepter, ne pas être passif !

Si acheter c’est voter, voici quelques exemples de pour qui je vote tous les jours :

  • une alimentation bonne pour mon corps, et pour la planète. Alors oui, manger bio coûte encore plus cher si l’on ne change pas ses habitudes. Mais si on fait l’effort de les changer, alors là, la tendance s’inverse. En mangeant simplement, en préférant la frugalité, la simplicité à la débauche de produits que l’on veut nous faire acheter dans le supermarchés, on fait même des économies. Et on est en meilleure santé, plus mince, plus tonique, et par conséquent, plus heureux, car le corps et l’esprit se rejoignent. Nous mangeons souvent trop, et mal, tout simplement par gourmandise, ou stress, ou besoin de combler un manque, ou encore par simple habitude, il me semble. Ces changements d’alimentation et cette prise de conscience m’ont pris des années, et je suis heureuse d’avoir réussi. Il faut prendre les choses petit à petit, étape par étape pour y arriver. (Pour tout changement dans ses habitudes, marche à suivre, conseils, je vous conseille de consulter l’excellent blog de Leo Babauta. Pas besoin de lire l’anglais couramment pour le comprendre. Je me délecte de ses billets plusieurs fois par semaine.)
  • De la même façon, quand je voyage, je vais dans de petits hôtels indépendants et non dans des chaînes. Je souhaite ainsi soutenir les petites entreprises et non les grosses, impersonnelles. Les grosses chaînes n’ont pas besoin de mon argent, mais les petites établissements, oui. Et puis, ces endroits ont beaucoup plus de charme, sont plus authentiques et sont normalement plus chaleureux.
  • une garde-robe d’occasion : pas de pollution, d’exploitation à cause de moi. Je ne m’empoisonne plus avec les produits chimiques déposés sur les nouveaux vêtements. Je donne de l’argent à des gens comme moi qui vendent et font circuler leurs biens, se désencombrent et pensent que cela peut profiter à d’autres. J’économise l’énergie destinée à produire toujours plus de vêtements pour ensuite s’en débarrasser au bout d’un an car la mode change, les habits sont usés car fabriqués dans des textiles de mauvaise qualité et de plus en plus synthétiques. Ce changement a été le plus rapide et le plus simple pour moi. Une fois que j’ai eu conscience de tout cela, j’ai cessé. Parce que tout simplement, il me convient parfaitement.

  • des ustensiles de cuisine fabriqués en France. Qui ne m’empoisonnent plus, eux non plus. Une poêle en l’occurrence, en lieu et place des deux que j’avais auparavant. Avoir moins mais mieux, voilà le secret quand on a peu d’argent et que l’on veut pourtant pas renoncer à la qualité ! Et une poêle pour un foyer de deux personnes, c’est largement suffisant. Cela m’a pris des années pour me décider à faire cet achat, au moins trois ou quatre à tergiverser.

Alors bien sûr, j’achète encore des bricoles chez Monoprix (du papier toilette et des collants en fait !), je viens d’acheter des bottines neuves (même si fabriquées en France, elles sont tout de même neuves !)… Encore une fois, je ne cherche pas le « sans faute » – qui n’existe pas d’ailleurs, car chacun a des valeurs différentes de son voisin – , je veux seulement m’approcher du mien. Et qui sait, peut-être, un jour, dans longtemps, l’atteindre ?

En attendant ce jour béni, voici ce sur quoi je devrais vraiment travailler ici et maintenant :

  • une énergie propre. En gros, renoncer à EDF pour un fournisseur d’énergie du type Enercoop. Ce n’est pas difficile techniquement mais c’est plus cher. C’est idiot, mais cela m’arrête un peu, et je ne suis pas seule décisionnaire à la maison. Je pense à cet argent que je pourrai utiliser pour… mmm, voyager ! Plus, plus loin, plus longtemps ! Mais l’idée fait son chemin depuis un an, j’en entends parler de plus en plus, et je pense réussir à terme à dépasser ce qui me retient encore (et à convaincre ma femme ?).
  • une banque avec des pratiques décentes. Et là, vraiment, je n’ai pas d’excuse. Mais encore une fois, je ne suis pas parfaite et cela m’angoisse beaucoup de changer de banque. Oui, je l’admets, même si c’est tout à fait délirant. Le fait de gagner peu d’argent, même si c’est un choix conscient de ma part, a été un peu angoissant au début, par peur de ne pas y arriver, par peur de ce que la société me disait (« il faut gagner plus, toujours plus, sinon, tu ne pourras pas vivre, tu ne seras pas heureuse… ») mais j’ai finalement constaté que j’y arrivais très bien ainsi, et mes angoisses disparaissent. Alors, prochaine étape, changer de banque. Je pense que pour cela également, je mettrai un peu de temps, mais je suis motivée et cela m’aidera fortement. J’attends que l’idée fasse son chemin, j’y pense aussi depuis un an, et qu’elle devienne si naturelle qu’elle ne me fera plus peur.

    Et vous, qu’est-ce que vous faites déjà ? Qu’est-ce qui vous bloque encore ? Quels sont vos projets ?

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4 commentaires sur “Acheter c’est voter

  1. Tiphanie
    12/08/2015

    j’ai adopté les mêmes habitudes que toi
    le moindre achat est très réfléchi, par exemple, j’ai dû acheter les fournitures scolaires de ma fille, c’est compliqué et plus cher
    nous sommes à Enercoop depuis 3 ans environ, c’est un peu plus cher mais je dirais qu’il n’y a pas le choix…
    pour la banque, j’ai fait un placement à la nef mais mon compte courant est encore à la Poste, j’ai aussi du mal à franchir le pas, j’aimerais aller au crédit coopératif

    • labourseoulavie
      13/08/2015

      Oui, tu as raison, je crois que changer de fournisseur d’énergie est important et c’est un acte militant, en plus du reste. Nous devons sérieusement y réfléchir.

      Et moi aussi, je pensais au Crédit Coopératif à vrai dire.
      Peux-tu m’en dire plus sur la nef ? (je ne suis pas du tout familière avec tout ça.)

  2. Tiphanie
    13/08/2015

    la Nef ne fait que des placements à assez long terme
    comme j’ai démissionné (je travaillais dans une banque donc pas du tout en adéquation avec mes idées…), j’ai touché mon intéressement et je l’ai placé en compte à terme de 5 ans et tu peux choisir dans quel domaine (j’ai choisi l’agriculture bio) tu veux qu’il soit investi
    par contre, je crois que le crédit coopératif propose les mêmes produits qu’une banque classique

    • labourseoulavie
      13/08/2015

      Ah très intéressant ça ! Il faut vraiment que je me renseigne plus à fond.

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Cette entrée a été publiée le 08/08/2015 par dans Manifeste, Mode de vie, Réclamation.

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Après une grosse semaine de froid, j’ai enfin sorti mes vêtements d’hiver. Ils tiennent sur deux étagères et quatre cintres. Vive une garde-robe minimaliste, d’occasion, inventive et créative (enfin qui tente de l’être) !

#minimalism #minimalisme #minimalistwardrobe #wardrobe #garderobeminimaliste #hiver #winter #secondhand #vetementsdoccasion #zerodechet #zerowaste #videgrenier #thriftshop L’automne zéro déchet...
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Le filet à provision, made in Normandie, m’a été offert par ma mamie 💙
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Nous sommes parties découvrir le Lot pendant trois jours, c’est une belle escapade... Est-il encore besoin de rappeler que le minimalisme permet d’économiser et de s’offrir des moments comme celui-ci ?

#lot #stcirqlapopie #collectmomentsnotthings #midipyrénées #minimalisme  #minimalism #viewfromthewindow #automn #automne #chambreavecvue Deuxième fournée de confiture de citre ou pastèque à confiture et deuxième version : morceaux plus petits pour qu’ils soient plus confits, des morceaux de citron et moins d’agar agar. La citre a déjà un petit goût vanillé alors je n’ai pas ajouté de vanille... Un pied de citre m’a donc donné 5kg de fruits, et tout ça grâce à la gainotheque de la médiathèque de Toulouse !
#mediatheque #grainothèque #toulouse #confiture #pasteque #zerodechet #autosuffisance #jardin #potager #gardening #watermelon #jam Les salades d’hiver lèvent gentiment derrière la baie vitrée, à l’abris des limaces, avant d’aller s’implanter au jardin. Ne sont-elles pas belles ?
#potager #salades #semis #gardening #potagerbio Voilà après tout le monde (comme d’habitude) je me suis essayée au « tracker » du bullet journal... je n’ai pas encore le journal en question mais j’étais intriguée par le concept du tracker.
....
Après plusieurs semaines d’utilisation, petit bilan : je ne pense faire faire ça sur la durée mais je trouve amusant. Je pense qu’il ne faut pas le prendre comme quelque chose de culpabilisant mais au contraire, moi il m’a motivée à faire certaines activités de la liste et m’a surtout permis de réaliser tout ce que je faisais de plus que l’année dernière, sans m’en rendre compte : deux séances piscine par semaine, de la méditation, etc.  Et vous, vous en avez un ? Et un billet journal ? Qu’en pensez-vous ?

#bulletjournal #bujo #tracker
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